Vivre ensemble
Il n’y a pas que la psychologie dans la vie ! Il est intéressant de la saupoudrer de philosophie aussi ! Par exemple, en se plongeant dans la lecture studieuse de l’ouvrage de Pierre-Henri TAVOILLOT, philosophe, président du Collège de philosophie et enseignant à Sorbonne Université : Voulons-nous encore vivre ensemble ? Les défis de la convivialité (Editions Odile Jacob, 2024).
Quel plaisir d’accompagner l’auteur dans ses réflexions autour de ce questionnement auquel nous pourrions répondre (trop) rapidement : bien entendu nous voulons vivre ensemble ! La réponse est spontanément claire et chargée d’humanisme convivial. Vraiment ?Actuellement ? Comme avant ? L’avons-nous fait tant que cela au fil des époques passées ? Était-ce réellement « mieux avant »?* Mais tiens d’ailleurs, c’est quoi vivre ensemble ? Échanger, se côtoyer, cohabiter, partager (du temps, un repas, …), refuser les conflits, travailler ensemble (le vieux truc du présentiel …), échanger des idées contraires, avec tout le monde y compris des personnes issues de cultures autres que la nôtre, accepter une autorité commune, dépendre les uns des autres, accepter de perdre pour que l’autre gagne, … Plus je déroule le thème plus la réponse au « Voulons-nous encore vivre ensemble ? » perd de sa spontanéité et de sa clarté, devient nuancée avec des « ça dépend », des « mais ce n’est pas aussi simple », … Comme si le vivre ensemble était devenu une évidence aménageable et négociable.
P. H. TAVOILLOT déploie des arguments d’une écriture fluide et percutante, sans, me semble-t-il, de parti pris qui pourrait sinon nous donner l’impression d’une « bonne » pensée à suivre sur cette préoccupation du vivre ensemble. Sujet sensible qui pourrait en effet vite transpirer les injonctions subtiles d’une vie commune fondée sur un humanisme naturellement indiscutable (mais alors pourquoi est-il autant malmené dans la vraie vie , quelques soient les époques et les cultures ?). Cette fameuse évidence qu’il me plaît de voir discuter avec nuance et sans dogmatisme dans ces quelques 385 pages, autour de thèmes d’actualité qui ne manquent jamais de me plonger au quotidien dans des réflexions plus ou moins éclairées **: fraternité et nationalité, crise de l’autorité, société communautaire versus société d’individus, individualisme, interdépendance, désattachement, tentation du repli, séduction du conflit, « frérisme » contre fraternité, démocratie et immigration, religion, patriarcat, socle commun, … Bref ! Un livre qui est est un outil efficace pour prendre du recul, être dérangés dans nos convictions pour mieux arbitrer entre l’essentiel et le superflu dans nos existences. Et cultiver le vivre ensemble bien sûr !
*J’invite à ce sujet à lire ou relire le bref livre de Michel Serres, C’était mieux avant (Editions Marabout, 2017), manifeste en faveur des sociétés contemporaines et coup de colère contre les ronchons passéistes de tous âges.
**D’où l’importance de lire ! Lisons lisons ! Et accédons à une pensée davantage nuancée loin des clivages « pour ou contre » et des « moi je dis que »…